Détestable et fantastique: vivre avec ou sans le Dieu plastique ?

A l’heure d’une prise de conscience de plus en plus forte pour les problématiques environnementales, il est un sujet sur lequel tout le monde s’accorde pour en faire le bouc émissaire de tous nos maux environnementaux : le plastique.

Découvert au XIXème siècle, il connait un boom dans les années 50 à l’émergence de la société de consommation et de la nécessité d’après-guerre de produire à moindre coût. Depuis sa production mondiale n’a cessé de croitre, passant de 1,5 millions de tonnes en 1950 à 117 en 1990 pour atteindre 368 millions en 2019, avec plus de 9 milliards de tonnes produites dans le monde à ce jour (rapport de l’ONU 2018).

Aujourd’hui, gires de plastiques sous-marines ou de surface, plages paradisiaques de bout du monde défigurées, que l’on creuse sous le sable du désert ou que l’on crapahute sur les glaciers ou dans les sentiers de randonnée, peu de chance pour échapper à l’emballage ou la bouteille plastique surgie de nulle part pour nous rappeler l’urgence de modifier nos modes de vie et de remettre un peu plus de civisme dans notre manière de consommer.

Cela semble une évidence pour tous, le plastique est aujourd’hui l’ennemi absolu pour la faune, la flore et notre santé en général et quand bien même certains d’entre nous ont le sentiment d’œuvrer à son élimination progressive (boire de l’eau du robinet, acheter en vrac et local, utiliser des sacs réutilisables…, nous continuons de manière plus ou moins consciente à l’utiliser massivement dans notre vie quotidienne (portable, ordinateurs, vélo, voiture, chaussures… la liste est bien trop longue). Faites le test vous-même et essayez de passer une seule journée sans utiliser des objets en plastique ou jeter des emballages en contenant : la tâche est quasi impossible pour la grande majorité d’entre nous.

Le meilleur des déchets étant celui qu’on ne produit pas, alors quelle est la posture à adopter face à ce matériau déifié ou diabolisé mais indispensable ? Ne possède-t-il que des défauts ou détient-il des vertus insoupçonnées ? Est-il le mal absolu ou est-ce ce qu’on en a fait et la façon dont on l’utilise qui pose problème ? Le déchet plastique est-il la future ressource recyclable du futur dont la valeur est encore mal identifiée ?

A toutes ces questions, certains tentent de répondre en bousculant les idées reçues, les dogmes et tentent de démontrer qu’il peut lui-même être une partie de la solution, à l’image de l’écrivain Hugo Verlomme qui a publié dès 2006 La guerre du pochon (Editions Yago). Selon lui, « il semble que ce soient ses qualités essentielles qui se sont retournées contre lui : gratuité, légèreté, solidité, tout ce qui contribue à son éparpillement dans la nature. » Il pointe du doigt bon nombre d’idées reçues sur les initiatives écologiques en fait plus polluantes qu’on imagine et démontre que le plastique présente des atouts écologiques, sauve des vies, préserve des ressources naturelles et au final ne consomme qu’une quantité réduite de pétrole pour son élaboration (environ 5%).

10 fleuves dans le monde transportent l’essentiel des déchets plastiques qui se retrouvent dans nos océans : alors comment trouver des solutions pour inverser cette tendance ?

Déjà, changer notre mode de vie et nos comportements d’achat vis-à-vis des plastiques à usage unique et des emballages qui constituent aujourd’hui 40% de sa production mondiale. Considérer les déchets plastiques comme de futures ressources à forte valeur ajoutée constituant une véritable économie circulaire du futur. Que ce soit à la source du tri des déchets ou dans les nouveaux modèles économiques que constitue sa récupération dans notre milieu ambiant, de nouvelles perspectives positives voient le jour en France et dans le monde. A l’image de certaines associations telles Resak qui revalorise nos déchets plastiques sur la côte basco-landaise et propose une gamme de produits du quotidien et de mobilier, contribuant ainsi à lutter contre l’invasion des déchets plastiques.

Prise de conscience à la source, changement de comportements et de modes de vie, économie circulaire… des solutions positives existent pour éradiquer le plastique de nos océans tout en continuant à vivre en intelligence avec un matériau malgré tout indispensable à notre vie quotidienne… jusqu’au prochain changement de paradigme peut-être.

Pour en savoir plus :

https://wedocs.unep.org/bitstream/handle/20.500.11822/25513/state_plastics_WED_FR.pdf

https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2021-09/20210906_Report_The-real-cost-of-plastic-pollution_EN_WWF.pdf

https://www.ecoconso.be/fr/content/cest-quoi-le-probleme-avec-le-plastique

https://www.nationalgeographic.fr/le-plastique-en-10-chiffres

https://www.ineos.com/fr/inch-magazine/articles/issue-14/le-plastique-peut-etre-fantastique/

Marchandisation de l’eau face au dérèglement climatique : une marche forcée inéluctable ?

De fait l’eau est déjà un bien marchand pour l’immense majorité d’entre nous : ouvrir un robinet ou acheter une bouteille d’eau minérale n’est pas gratuit et à l’exception des populations vivant en autarcie ou non raccordées à un réseau de distribution, l’accès à l’eau se monnaye depuis de nombreuses années.

Mais à l’heure ou le dérèglement climatique s’accélère avec les récentes périodes de sécheresses extrêmes des régions européennes qui s’enchainent avec les inondations catastrophiques au Pakistan, très peu de régions du monde échappent aujourd’hui  aux enjeux de l’eau, son accès, sa distribution et à fortiori son coût.

Plus qu’une marchandisation, nous sommes face au phénomène grandissant de la libéralisation du marché de l’eau,  la considérant plus comme bien économique qu’un droit humain fondamental tel que l’a défini en 2010 la résolution des Nations Unies (une eau accessible et d’un prix raisonnable). Initié à Londres par Margaret Thatcher il y a une trentaine d’années, le phénomène a pris une ampleur dramatique en Australie, en Océanie et en Californie... et qu’en sera-t-il bientôt dans le reste du monde.

Or l’eau est par nature un bien inépuisable : elle est une molécule stable, elle s’évapore et retombe au sol, elle ne se perd pas, la quantité d’eau sur terre est la même depuis des millénaires. En revanche, sa répartition et sa potabilité peuvent être affectés par un grand nombre de phénomène allant de l’accélération du dérèglement climatique à sa dénaturation par les mauvaises pratiques de l’homme en termes d’industrie, d’agriculture ou tout simplement d’absence de sens civique et du collectif. Et c’est bien le cœur du problème.

Le dérèglement climatique corrélé au développement économique et à la croissance industrielle, la déforestation, la mauvaise gestion des déchets, notre régime alimentaire, l’augmentation démographique et surtout la différence de modes de vie d’une population à une autre sont autant de bras de leviers qui nourrissent la pression des marchés vers ce phénomène libéral  identifié dès 1992. Comment considérer la valeur d’un litre d’eau quand un américain en consomme 400l/jour, un français 135l et un nigérien 30l ? Comment faire valoir sa rareté aux populations occidentales qui la gaspille par ignorance face à celles, défavorisées qui la considère comme un bien commun rare ?

Alors, peut-on échapper à la politique libérale de privatisation de l’eau face à la gestion publique des états ?

Le XXème siècle était celui de l’or noir, le XXI siècle sera celui de l’or bleu

Pour en savoir plus :

https://blog.mondediplo.net/2007-04-07-Marchandisation-de-l-eau-la-nouvelle-offensive-du

https://www.cairn.info/l-economie-des-conventions-methodes-et-resultats-2--9782707148780-page-369.htm

https://atalayar.com/fr/content/leau-une-marchandise-ou-un-droit-de-lhomme